De Louise à Mutien, parcours de sainteté en Hainaut

Conférence autour de l’exposition « Saints populaires, saints oubliés en Hainaut », Déborah LO MAURO, Conservatrice du CHASHa asbl

 

L’exposition 2025 de l’espace muséal du Centre d’Histoire et d’Art Sacré en Hainaut à l’Abbaye de Bonne-Espérance (le CHASHa asbl) a présenté des saints populaires et bien connus, et d’autres qui ont été un peu plus oubliés. A travers 15 figures présentées dans l’espace muséal du CHASHa, plus de 40 œuvres d’art ont mis en évidence le patrimoine des églises du diocèse et les figures qui les peuplent.

Parmi ces saints, le frère Mutien-Marie, de l’institut des écoles chrétiennes, illustre une figure hennuyère bien connue à Malonne. Né en 1841 à Mellet dans le Hainaut, Louis-Joseph Wiaux devient le frère Mutien-Marie à Namur en 1856. Il a exercé l’ensemble de sa carrière d’enseignant à l’école Saint-Berthuin de Malonne, où il décède en 1917. Sa tombe a rapidement fait l’objet de pèlerinages et le frère Mutien a été béatifié en 1977 et canonisé en 1989. Un sanctuaire dédié au frère Mutien a été construit dans les années 80, afin d’accueillir le flux de pèlerins venus se recueillir sur sa tombe. Dans cet espace, un musée en cours de refonte y présente des objets personnels, fac-similés de lettres et portraits du saint. Cette description du « frère qui prie » ne laisse pourtant pas envisager tous les déboires que peut subir l’introduction d’une cause en béatification.

Le parcours de sa cause est similaire à celui de la petite couturière de Bois-d’Haine : Anne-Louise Lateau. Née dans le petit village de Bois-d’Haine le 29 janvier 1850, elle y est décédée le 25 août 1883. C’est en avril 1868 que des stigmates sont apparues sur ses mains, sur son côté gauche et sur ses pieds. Jusqu’à son décès, à l’âge de 33 ans, Louise a eu des saignements, accompagnés d’extases, à peu près chaque vendredi. Des nombreux visiteurs de marque ont défilé dans sa chambre pour assister au phénomène. De son vivant, une véritable « promotion » s’est organisée.

La tombe de Louise est située au chevet de l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste de Bois-d’Haine. Très vite, elle a fait l’objet d’une grande vénération de la part de très nombreux pèlerins, belges et étrangers. Des rumeurs de miracles ont même commencé à circuler. En 1976, on demande à l’Evêque de Tournai de prêter attention à l’introduction de sa cause. Une Commission d’enquête est constituée en 1991, pour évaluer le dossier de béatification. La Congrégation pour les causes des saints estima toutefois dès 1996 qu’il subsistait trop de « zones floues » sur l’attitude de Louise Lateau à l’égard de Léon XIII. Et le 5 mars 2009, le Saint-Siège donna une réponse négative à la poursuite de la cause.

Si la date de prélèvement des reliques et de mise en forme des divers reliquaires du frère Mutien est assez bien attestée dans les archives de manière officielle, celle de Louise l’est un peu moins. Au regard du procès-verbal d’ouverture de la tombe et des pérégrinations du chef-reliquaire de la stigmatisée de Bois-d’Haine, plusieurs zones d’ombres et manquements à la procédure semblent apparaitre.

Au départ de deux reliquaires présentés dans l’exposition, cette conférence propose de revoir en détail le parcours de vie de ces figures marquantes et de reprendre le fil de leur procès en béatification à travers une exploration des archives du sanctuaire de Mutien Marie et des divers fonds de Louise Lateau. Deux causes portées à quelques années d’écart avec deux conclusions divergentes sur ces cultes portés localement de manière intensive.

Un des objectifs du CHASHa est de faire parler les œuvres religieuses conservées dans les églises du Hainaut à travers une médiation mise en place dans les projets d’expositions temporaires thématiques. Cette conférence présente le fruit des recherches menées pour présenter ces deux reliquaires dans l’exposition 2025 du CHASHa.

Une conférence organisée par la Maison de la Mémoire de Mons

Infos pratiques

P.A.F. : 6 euros  / gratuit pour les étudiants jusqu’à 25 ans
CONTACT : Jean Schils 065 / 35 26 97
RENDEZ-VOUS :Ateliers des FUCaM, rue du Grand Trou Oudart, Mons à 20 h